Construire mon bonheur
Handicap

Trouver du sens dans sa vie
au delà du handicap

C'est souvent devant les difficultés de la vie
que ressurgit cette question fondamentale

conférence effectuée au salon "Mieux Vivre Grand Ouest" à Rennes le 3 octobre 2003

"To be or not to be that is the question ! "

Le sens de la vie

Je ne vous apprendrai rien, vous savez tout comme moi, chacun connaît bien sa vie qui est la sienne. Je me propose seulement de vous aider à redécouvrir ce que vous savez déjà et que vous avez peut-être oublié, parce que des souffrances ou des difficultés ont été là pour vous séparer de vous-mêmes.

Vous êtes en recherche pour vous, ou bien, vous aidez ou accompagnez quelqu’un, alors je vais essayer de m’expliquer le mieux possible pour chacun. Mais, est-il nécessaire d’être handicapé pour se poser la question du sens de la vie. Faut-il attendre qu’un accident de la vie n’arrive ? Et si je suis un professionnel, il est vraisemblable que je n’ai pas choisi cette profession par hasard, mais pour répondre à un besoin intérieur de donner. Avec les années, le manque de temps, les habitudes et la monotonie qui s’installent, peut-être m’est-il encore plus difficile aujourd’hui, de faire une halte, faire une pause pour me resituer avec moi-même. Et si je suis là, au « salon Vivre Mieux Grand Ouest » [1] à écouter cette conférence ou à lire ce texte) c’est sans doute que je me pose une question et que j’ai envie de trouver[2] une réponse. Une chose est sûre, je ne pourrai pas aider quelqu’un à mettre du sens dans sa vie, si moi-même n’en ai pas dans la mienne. Bien plus que l’exprimer parce que c’est très personnel, cela se respire à travers mon sourire, mon regard, et le moindre de mes gestes. Il me semble que c’est bien plus par le langage non verbal que par le parole, qu’il m’est possible d’aider quelqu’un à retrouver le sens de sa vie. Et si, parce que trop proche, ou ayant beaucoup de liens affectifs, je ne peux pas l’aider, il m’est possible d’être présent. Effectivement, quand on est proche de quelqu’un, il est encore plus difficile de l’aider[3]. Accompagner avec respect et amitié c’est possible. Cela s’apprend.

Si la société nous montre la violence et nous l’impose plus ou moins, pourquoi ne nous montrerait-elle pas, aussi ce qui nous construit et nous apprend à mieux vivre ensemble ?

L’handicap

Qu'il y ait une blessure physique, une blessure morale, ou tout simplement une grande fatigue permanente à cause d'une maladie; je parlerai d'une difficulté à vivre avec soi-même et une difficulté à vivre avec les autres.

Un exemple de tous les jours: "Oui, je suis très vite fatigué parce que je suis atteint de la maladie de XYZ .... " et là vous verrez une incompréhension et une attitude différente à votre égard.

L’handicap est comme une pièce de monnaie. Il y a deux faces, une face qui ne concerne que la personne handicapée, c’est le manque. Le manque d’un membre, le manque d’une fonction, un manque qui fait que l’on ne pourra plus vivre comme avant. C’est un obstacle à surmonter, une pilule difficile à avaler, mais ce n’est pas la seule parce que tout passe par le regard des autres..

- Une face que les autres voient est celle de la différence. Une différence qui peut aller jusqu’à l’exclusion. Un rejet d’autant plus négatif que la personne concernée, est consciente du sentiment vécu par les autres à son égard. Le regard des autres est rarement positif pour la personne handicapée.

- La vision du regard de l’autre, est quelquefois accentuée, au point que la personne handicapé se fasse souffrir elle-même.

- Cette face qui concerne le rapport avec l’entourage, celle de la différence avec les autres, est d’autant plus difficile à vivre pour la personne concernée qu’elle est une atteinte à l’image véhiculée par notre société, dans le culte de la perfection et l’obligation de la performance. Cette vision du moule unique est fracassante, et génère un univers impitoyable. Elle ne laisse pas facilement une place à chacun pour s’intégrer dans la société, et encore moins aux handicapés.

- Cette vision réductrice de la vie, bien plus que les seuls manques, fait que, au lendemain d’un accident de la vie, dégringole d’un seul coup toutes les motivations premières, celles avant la maladie ou l’accident étaient-elles connectées sur le sens de la vie ou dans le sillage du tourbillon de la vie ? Était-ce une rencontre avec soi, ou une course à la réussite ? un miroir aux alouettes ? Vous allez me dire , que c’est une autre histoire. Eh bien non ! Pour celui qui avait du sens dans sa vie avant cette coupure brutale, la chute sera moins grande et moins brutale. Le sens premier pourra réapparaître comme une résurgence. Sinon, s’estompent les espoirs, disparaisse le sentiment d’être utile et s’évanouisse le sens de la vie.

La différence

L’handicap, comme beaucoup de difficultés du comportement avec les autres, est à priori plus appréhendé sous l’aspect de la différence avec les autres, que par le seul fait vécu de la personne. Le paraplégique  ,c’est celui qui ne peut pas marcher comme les autres. Le malade mental c’est celui qui est différent des autres. L’hyper sensible, c’est celui qui a une sensibilité différente des autres. L’handicapé physique, c’est celui qui a un corps différent des autres. Le vieillard c’est celui qui n’a plus les forces, ni l’espérance, ni la motivation comme les autres. Et on a vu cet été 2003 les lourdes conséquences d’un manque de fraternité entre les personnes âgées et les autres. La chaleur intense n’ayant été que le révélateur d’un dysfonctionnement de notre société. En faisant le tour de tous les handicaps possibles, tout le monde est handicapé. La personne non handicapée, est handicapée du manque d’expérience d’un accident de la vie, et de ce fait il lui est plus difficile d’accepter le « différence de l’handicap » que ceux qui ont ce vécu. Il ne reste plus personne. « La différence est le seul point commun que nous ayons à partager ensemble ». Oui, « La différence est le seul point commun que nous ayons à partager ensemble ». Parce que si rien n’est dit, rien ne pourra changer. Chacun à la possibilité d’être acteur d’un changement possible. Chacun peut modifier ce refus de la différence.

L’handicap est donc pour moi bien plus une difficulté d’intégration avec les autres, plus qu’une simple différence, puisque nous sommes tous différents.

Le regard des autres

Et puis il y a encore le regard des autres, toujours le regard des autres, c’est presque le plus gros cailloux à avaler, dans un handicap qui pourtant vous bouscule et vous atteint dans votre fierté et met à bas tous vos anciens projets. Le regard des autres c’est bien plus que la goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est presque ce qui vous détruit totalement si vous n’y prenez pas garde. Cela ne devrait pas arriver s’il y avait un peu plus de compréhension et de fraternité. Je parle de cette valeur républicaine, liberté, égalité, et fraternité, cette valeur donnant à chacun sa place dans la société, et sans discrimination.

Ce regard des autres, s’ajoutant aux diminutions vécues et difficilement acceptables, il vous laisse

- soit une amertume qui détruit votre vie et celle de votre entourage ?. j’ai connu cette étape, et ce n’est pas facile à vivre.

- soit une force extraordinaire, qui comme un ressort qui se détend, fait que vos amis ne vous reconnaissent plus[4].

La discrimination positive

Au lieu d’installer des toilettes accessibles à tous, on va installer en supplément, des toilettes spécifiques pour les handicapés. Pour les transports collectifs on va mettre en place des bus spéciaux. C’est vrai il y a plus, mais c’est discriminant, il y a une séparation, presque une exclusion de l’handicapé du groupe. C’est la discrimination positive. La solution idéale, quand elle est possible, serait que les équipements soient accessibles à tous. Le même équipement pour tout le monde.

La déception

Demeure aussi la déception personnelle de ne pas pouvoir faire ou vivre certaines choses. Là, c’est assez amer et bien difficile à accepter. L’acceptation sera un chemin nécessaire pour trouver le bonheur. Il est possible de se faire aider. Il y a des professionnels pour cela.

Retrouver le sens de la vie , sera bien plus une démarche à effectuer dans une distanciation de la pensée des autres, que dans une reconstruction de soi, tant est forte et prégnante l’influence des autres sur soi. Mais il y a aussi une reconstruction de soi à effectuer, et je pense que c’est là le point de départ concomitant avec une nouvelle vision du regard de l’autre.

Il y a eu blessure dans mon physique, il y a aussi blessure dans mon intérieur.

Il y a eu blessure dans ma tête il y a aussi blessure dans mon cœur.

Écouter, accueillir, partager ce sont des attitudes qui donnent du sens à la vie. Elles sont orientées vers l’extérieur de soi. Accepter de recevoir, s’estimer, penser à soi, se faire plaisir en sont d’autres. Ces dernières sont orientées vers l’intérieur de soi. Je pense qu’il faudra un peu de tout, pour que la vie ait du sens mais, il y a encore autre chose, une motivation, une force intérieure qui comme un ressort, fait que tout peut redémarrer lorsque rien ne va plus. Et je pense que c’est par là qu’il est possible de commencer pour tout reconstruire.

Le sens de la vie

Ce n’est pas l’objectif de performance, ni le mythe de la perfection qui vont donner un sens à ma vie. Tout cela est extérieur à moi. Ma vie est dans mon intérieur. Mes angoisses, mes appréhensions et mes peurs sont en moi, c’est là, dans mon intérieur qu’il me sera possible et profitable de me reconstruire. Je peux essayer de chasser les peurs les angoisses, les inquiétudes et les déceptions. C’est possible mais ce sera difficile et très long. Je peux essayer d’y mettre du positif, ce sera plus facile et beaucoup plus rapide. L’un n’empêchant pas l’autre.

Il ne m’est pas possible de « donner » du sens à ma vie, je dis bien dans le sens de donner un objet à soi. Parce que pour donner quelque chose, il faut déjà le posséder. Après cet accident de la vie, Je ne sais plus si le sens de ma vie est toujours là ni même s’il y en a encore un ? Trop souvent, je me focalise sur la vision extérieure de moi et je me fais mal. Je regarde les autres, je me compare et rien ne va plus. Je me retrouve perdu presque abandonné. Et pourtant le sens de la vie est là au fonds de moi, dans mon centre intérieur, presque inconnu ou si peu explorée que je me connais à peine. C’est mon jardin secret. Et si c’est le mien, il me faut le cultiver. Là est le mystère de la vie, cette chose impalpable qui fait que la vie est agréable. Faire le lien avec mon intérieur, ce n’est pas facile, tout dans la société est là pour nous en éloigner. C’est à partir de mes aspirations profondes, celles qui sont vraiment les miennes à moi, que je vais retrouver mon chemin.

Dans ma tête des questions continuelles, et toujours les mêmes.

Et pendant ce temps-là, je me pose des questions qui me font mal.

Je vis une dualité qui m’écartèle et me fais mal. Je me pose des questions négatives : « pourquoi le passé a été ainsi » et « pourquoi je suis dans cette situation ? » au lieu de chercher positivement « comment profiter du présent ? » et « comment construire mon avenir ? »

Je me pose trop souvent les mêmes questions :

- La question du savoir : comment cela est-il arrivé ?

- Pourquoi tout cela hier ?.Pourquoi à moi ?

- Je veux tout savoir. Je suis scotché au passé, et plus rien ne m’intéresse. Finalement je m’y accroche et cela me fait mal. Je n’arrive plus à vivre le présent, ni à m’intéresser au futur immédiat.

Une autre question possible. « Comment faire aujourd’hui ? »

En m’efforçant de faire des choses je vais pouvoir mettre un frein à mes questions sans réponses. En prenant une distance avec mon passé, non pas en le refusant parce qu’il est là et que je n’y peux rien. En décidant d’accepter la situation dans laquelle je suis, je vais pouvoir chausser les starting-blocks de la course et prendre le départ d’une nouvelle vie.

§ vivre le présent

§ construire le futur immédiat

Dépasser le handicap

Le handicap me semble être un empêchement et pourtant ce n’est pas un mur qui puisse m’arrêter de vivre. Cela peut être un frein et je vais devoir prendre mon temps au lieu de courir, cela peut être un obstacle et je vais pourvoir le contourner. Ce n’est pas facile, c’est vrai, mais cela peut aussi être une occasion de voir les choses différemment, et même quelque fois, la difficulté devient un tremplin[5] pour aller plus loin. Quelquefois donc, c’est dynamique et très puissant bien au-delà de la seule déchirure supportée.

Il y a des épreuves de la vie dont on ne guérit jamais. Il en reste toujours quelque chose. La perte de ses jambes, une vue défectueuse, une audition diminuée, une maladie qui est toujours là. Oui, il y a des épreuves de la vie dont on ne guérit jamais. Je ne peux pas les oublier, mais personne ne me demande de les oublier puisqu’elles sont là, toujours là. Par contre je peux décider de faire avec, et là ensuite s’ouvre des possibilités de vivre[6].

Un ressort

Je voudrais vous parler de cette force extraordinaire lorsque plus rien n’est possible. Lorsque l’on est au creux de la vague. Ce ressort ne se détend pas tout seul. Il faut un déclic, ce déclic est souvent celui d’une amitié, un petit signe, un regard, un geste ou une parole. Merci à Hubert qui m’a tendu la main et merci à Gwenn qui m’a donné une clé. C’est ce que je raconte dans mon livre[7]. Et c’est là qu’une nouvelle étape a commencé. Ensuite s’est opéré tout un cheminement, toute une reconstruction. Rien n’est facile mais tout est possible. Et s’il y a des petites choses qu’il est bon de savoir pour y arriver plus facilement, j’ai toujours essayé de vous en faire part. Parce que, à quoi sert-il de posséder le soleil si ce n’est pour le partager. Le sens de la vie, pour moi c’est aussi dans le partage. Et chacun dans son expérience, a quelque chose à partager avec les autres pour construire le futur.

Mes idées n’ont pas changé, mais elles se sont affinées et surtout je suis passé à l’action. Concernant le sens de ma vie, comment cela s’est-il passé dans cette fracture de tout mon être. Oui, c’est vrai, il y a bien eu un moment où j’ai cru que plus rien n’était possible. L’isolement, celui de ma démarche personnelle parce que je me sentais très mal, mais bien plus encore celui des autres, ce non-dit, le regard des autres qui en dit long fait que c’est encore plus dure à vivre. Il y a des fois où on est obligé de changer d’air, d’autres fois cela se fait tout seul. Les autres finissent par comprendre que ce ne sera plus comme avant.

Une résistance au changement. Un rejet total.

Il y a deux ou trois portes où je suis allé frapper. Un qui ne m’écoutais pas, un autre qui avait peur de la situation et du « qu’en dira-t-on ». Concernant celui que je croyais être mon meilleur ami, il est resté dans ses principes et ses croyances, cela a été un jugement fatal, un silence pesant, et un rejet catégorique. Je me suis alors senti encore plus seul et encore plus scotché dans mon mal. Presque coupable d’être malade.

J’ai un ami qui, le jour où il a été dans un fauteuil, sa femme l’a abandonné, et la maison a été vendue. « C’est là que l’on sait si les autres nous aiment » disent certains. Demeure bien souvent la peur de la différence, une incapacité à maîtriser ses émotions, pourtant cela s’apprend. Aujourd’hui, cela ne s’apprend pas à l’école, ou si peu qu’il faudra aller ailleurs.

Concernant l’handicap mental ; le rejet[8] est catastrophique. Une dame de 40 ans salariée dans une entreprise a eu besoin de suivre des soins. Au niveau de la direction, quand on a su qu’elle consultait un psychiatre, on s’est empressé de la licencier. Elle a perdu son travail.

Alors, peut-il être possible de parler d’insertion des personnes handicapés, dans notre société libérale[9] ?

L’handicap physique dérange, il fait peur, il y a un rejet qui est inacceptable dans notre société du 21ème siècle qui se veut être civilisée. Je ne sais pas où sont la liberté, l’égalité et la fraternité dans ces exemples qui sont le fait de tous les jours.

L’handicap social c’est bien autre chose, c’est lorsque, en plus vous êtes écartés des autres, que vos droits qui sont les vôtres comme tout le monde vous sont refusés. Vous êtes presque rejeté des vôtres. Ce n’est pas parce qu’il y a un handicap, qu’il faut en ajouter un autre.

Certains grands magasins proposent à tout le monde une carte de fidélité pour obtenir des réductions supplémentaires. Lorsque au moment de remplir le dossier on vous demande quel est votre revenu, vous annoncez « Allocation Adulte Handicapé » et on vous répond tout de suite, ce n’est pas possible, vous n’avez pas le droit à la carte de fidélité avec une A.A.H.

C’est inadmissible parce que c’est une discrimination inacceptable.

V ers une nouvelle société ?

Permettez-moi de rêver et de repenser les rapports que nous avons les uns avec les autres. La société est suicidogène, mais aussi capable de beaucoup plus d’humanité parce qu’il y a aussi une grande générosité. Les exemples sont là. mais il est plus facile de donner une pièce pour une cause humanitaire distante, que de donner un sourire et prendre le temps d’écouter celui est à côté de moi. C’est bien plus qu’un appel à agir que je lance, c’est la proposition de donner un sens à sa vie, dans le lien que je peux tisser autour de moi à travers une action, dans un mieux vivre ensemble.

Décider de sortir de mon isolement

Ce n’est pas parce que je suis cloué dans mon lit, assis dans un fauteuil roulant, infirme ou mal voyant. Ce n’est pas parce que je suis rejeté, évité ou ignoré, que je ne peux rien faire.

Cela ne va pas se faire, en attendant une aide extérieure, où une recette miracle. Ce sera d’abord une disponibilité le jour où l’occasion se présentera. La chance passe toujours mais nous ne sommes pas toujours au rendez-vous, prêt à ouvrir notre porte. Vouloir rencontrer les autres, nécessite un préalable que je décrirai volontiers sur plusieurs étapes :

D’abord, observer mon handicap en face.

Accepter de dire « je suis handicapé »

Accepter de dire « Je suis malade »

Décider de faire avec

« je suis une personne qui souffre »

et s’il y a des choses que je ne peux plus faire,

« j’ai d’autres cordes à mon arc »

« je peux faire autre chose. »

Retrouver mes forces profondes

Ensuite c’est dans mon intérieur que je vais puiser mes forces.

Elles sont souvent là, en sommeil, oubliées, inexploitées ...

Ce sera un travail de recherche dans mes aspirations profondes, un vrai travail de recherche. J’avais un espoir et je ne l’ai plus. J’avais un idéal et il s’est envolé. Non, il ne s’est pas envolé, il est toujours là, présent mais je ne l’écoute pas. C’est un peu dans le rêve, un rêve éveillé que je peux conduire la recherche de mon idéal de jeunesse, celui que j’ai eu, celui que j’ai oublié.

Retrouver son idéal. Nombreux sont ceux qui me disent, avoir eu envie de faire plein de choses. C’est là qu’ils vont retrouver cette force qui leur manque, ou bien ce regain d’intérêt à la vie pour se sentir encore mieux.

Dans une première étape, Je vais rêver à cet idéal, à tout ce que j’ai pu avoir envie de faire. Ce rêve éveillé, n’est pas un temps perdu, c’est un acte créateur parce que je vais pouvoir retrouver mes racines profondes, savoir ce qui est moi et ce qui ne l’est pas. Je ne demanderai à personne de me faire part de son idéal, c’est un jardin secret qu’il faut savoir préserver. J’ai eu l’occasion de faire ce travail sur moi, je l’ai fait avec d’autres en petites réunions, cela a été un moyen de se reconstruire. C’est toujours une démarche qui permet de trouver plus de sens dans sa vie.

Cela peut durer quelques jours, cela peut durer quelques semaines, dans des instants privilégiés que je me réserve. Cela peut durer plus longtemps, chacun suivant ses besoins.

Faire des choix

Dans une seconde étape, je vais atterrir. Il y a des choses que j’aurais voulu faire, il y en a qui sont possibles, d’autres que je ne pourrai pas faire. Je vais donc devoir faire des choix. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est possible.

Et c’est lorsque je vais réaliser des activités en lien avec mes aspirations intérieures, que je vais sentir en moi un épanouissement personnel. Je vais trouver un sens à ma vie.

Cet état de bien être, car il faut bien le dire puisque c’est vrai, je me sens bien, risque de s’atténuer si je ne le cultive pas. Faire le lien entre l’intérieur et l’extérieur est bien plus qu’une simple conception de la sophrologie, ou celle du yoga, c’est une réalité qui nous construit et nous fortifie.

Je me souviens, d’un aveugle, qui avait de très grande relations avec les autres, ne sortait jamais de chez lui, mais il savait les écouter de façon admirable. On venait le rencontrer avec plaisir. Il disait avec humour : « je vois chacun avec les yeux de mon cœur »

Je citerai cette jeune femme de 23 ans qui a du faire poser des plaques de fer dans sa main pour l’immobiliser. Sa détermination a été au-delà du handicap, dans une ouverture aux autres qu’elle a puisé dans son énergie intérieure.

Ce sportif handicapé qui s’est investi dans l’animation d’un club handisport Ce professeur, qui a perdu son travail, a pris des responsabilités dans une maison des jeunes. « Un relationnel différent mais bien plus riche » m’a-t-il dit.

Ce médecin qui ne peut plus exercé du fait de sa maladie, cherche aujourd’hui une activité dans des responsabilités associatives.

J'ai un amical souvenir pour Philibert cet ouvrier maçon qui à 37 ans, à la suite d'un accident de travail, s'est retrouvé dans un fauteuil roulant pour le reste de sa vie. Il s'est engagé dans l'équipe de foot de sa ville.

Oui, il est devenu un membre très actif du club.

Aimé et bien apprécié des footeux, Philibert est celui qui fait le lien entre tous. Il assure le secrétariat, le planning des activités, accompagne dans les déplacements, applaudi et encourage. Il participe au Conseil d'administration en tant que secrétaire du club.

Avant de le rencontrer, je n'aurais jamais pu imaginer que l'on pouvait être "co-équipier" dans un club de footballeur, assis dans un fauteuil roulant ! Comme quoi, même avec un lourd handicap il est possible de se rendre utile et s'intégrer dans la vie de la société.

Faire des choses

L’activité est nécessaire, elle nous construit, nous relie. Elle donne un grand plaisir en lien avec le sens de notre vie. Des instants de bonheur j’allais dire. C’est parce que je suis actif que je me sens utile. Je vais essayer de choisir quelque chose qui me plaise et corresponde au sens de ma vie. Donc, essayer de rester le plus possible en lien avec mon idéal.

Et s’il m’arrive d’accéder à des instants de bonheur dans cette nouvelle situation, c’est comme un jardin que l'on aime, je me préoccupe de préserver tout ce qui donne sens à ma vie.

 

Dans la vie, les instants de bonheur

C'est comme les radis, les tomates et les fleurs

Cela se cultive. Je vous souhaite de les cultiver.

Et surtout ne les laissez pas s'envoler.

 

-----------------------

Loïc était pompier bénévole, il a dû faire le vaccin contre l’hépatite.

Maintenant c’est la maladie invalidante : la sclérose en plaque

et le fauteuil roulant.

Débat – Échanges

-----------------------

Observation

Après une rupture ou un accident, on ne peut pas dire « refaire sa vie », mais plutôt « continuer sa vie », parce que la vie ne s’arrête pas. Elle continue avec le passé. Le passé est là, il nous colle à la peau et on ne peut pas faire autrement que faire avec. Accepter de faire avec, c’est la seule solution de s’en détacher.

 

 


Pour trouver le sens de sa vie,

il me semble être nécessaire de chercher

un accomplissement de soi avec les autres.

---------------

Pour rencontrer le bonheur aussi.

      


La différence est le seul point commun

Que nous ayons à partager ensemble

 

 

 

 

 

 

 

---------------------

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Conférence au salon « Mieux Vivre Grand Ouest » du 2 et 3 octobre 2003 au parc expo aéroport de Rennes. Handicap, dépendance et maintien à domicile.

[2] J’ai bien dit « trouver » un sens à sa vie, je n’ai pas dit « mettre », ni « donner » du sens. Personnellement je pense que le « sens » ne se crée ni ne se fabrique. Je ne suis pas un magicien pour le créer ex nihilo, le sens existe, il est là, et je ne le vois pas. A moi de le découvrir et de le faire grandir. Il s’agit de trouver le sens là où il est. Ne trouve que celui qui cherche

[3] La relation d’aide nécessite d’être neutre ; c’est à dire ni protecteur, ni persécuteur. Le protecteur c’est celui qui protège et finit par ne plus laisser la place de vivre, ne respecte pas le libre choix. Le persécuteur c’est celui veut faire avancer l’autre, le bouscule. Lorsque les sentiments sont là, il est bien difficile de trouver le juste milieu.


[4]
« Didier tu as changé » m’ont dit certains qui me connaissaient avant.

- Et je leur répond « Non je n’ai pas changé, je suis seulement devenu moi-même. »

Hier j’étais aveuglé, je ne voyais presque rien de la vie, et en plus j’étais à coté de mes pompes. Aujourd’hui je suis un plus clairvoyant, juste un peu. Alors il y a des choses que je n’accepte pas, et pour vous dire qui je suis, je suis tout simplement du genre à refuser tant de gâchis. Il y a des handicaps qui sont indépendants de notre volonté et de nos possibilités, mais il y en a d’autres qui sont évitables. Et pour ces derniers, ce sont des tranches de vie perdues pour rien. Je ne peux pas accepter tout cela. Bien trop d’indifférence dans notre société sur ces sujets là. Alors j’ai décidé d’agir et c’est possible.

Hier je n’osais pas « l’ouvrir », aujourd’hui je ne me gêne pas, et il y a des fois où je suis obligé de me retenir pour y mettre la forme et surtout ne pas tout dire. Alors j’écris des livres et j’anime une association. Cela ne plais pas à tout le monde. Quelque fois cela dérange certains. Mais ma vie c’est d’abord la mienne et j’essaie de m’y employer.


[5]
Le rebondissement au delà du désespoir

- Une grande blessure de la vie c’est bien autre chose qu’une plaie qui se referme.

- C’est bien plus qu’un retour à une situation antérieur

§ Et ce ne sera jamais comme auparavant. La vie sera différente.

§ Heureusement peut-il parfois, être possible de le dire.

§ Un malheur même s’il est difficile à accepter, n’arrive pas sans contre partie bénéfique.

De ce fait, moi, même si la plaie n’est pas totalement refermée, je n’ai pas envie d’en guérir. La plaie est toujours là, présente et génératrice d’une autre vie, plus riche et plus heureuse. Si j’avais eu à choisir, je m’en serais bien passé, parce que la pilule a été difficile à avaler.

Et si l’on me proposait de retourner dans la situation antérieure, même s’il m’arrive de vagabonder dans mes souvenirs du passé, je refuserais.

La plaie physique cicatrise, ou ne cicatrise pas s’il y a un manque. Les forces physiques reviennent partiellement, l’équilibre moral se reconstruit lentement, mais la fracture intérieure est là, génératrice d’une autre vision de la vie. Oui il y a une autre vision de la vie, et c’est toute la contre partie positive, de cet accident de la vie qui me mutile.

Cette épreuve d’hier est toujours là, présente aujourd’hui, et je suis plus fort parce que plus près de moi. Cette épreuve, est toujours là présente et motrice, dans une dynamique qui quelquefois me surprend.

Je ne me connaissais pas comme cela.

Oui, il y a des épreuves de la vie dont on ne guérit jamais, mais heureusement, et moi, je ne souhaite pas en guérir, parce que je vis beaucoup mieux. Tout ne peux pas s’effacer, je ne le voudrais pas. J’ai une diminution de ce qui se voit, dans mes forces physiques et mes possibilités, mais l’accomplissement d’une autre richesse cachée qui me fait du bien et donne chaud au cœur.

[6] Oui, il y a des épreuves de la vie dont on ne guérit jamais, mais heureusement, et moi, je ne souhaite pas en guérir, parce que je vis beaucoup mieux. Tout ne peux pas s’effacer, je ne le voudrais pas. j’ai une diminution de ce qui se voit, dans mes forces physiques et mes possibilités, mais un accomplissement d’une autre richesse cachée qui me fait du bien et donne chaud au cœur.

[7] Livre : « Amitié reçue », auteur « Didier », éditions « Opéra »

[8] Pour ce qui me concerne,

- Toujours une petite cicatrice, qui même si elle est bien fermée, n’en est pas moins fragile. Toujours une petite cicatrice et pour un petit rien, les angoisses, les peurs et les idées noires peuvent revenir, mais j’ai appris à les maîtriser et sais qu’il n’est pas possible de préjuger de mes forces, aussi le jour où j’en ai besoin je n’hésite pas à me faire aider. Même si actuellement cela va vraiment mieux, cela a duré plusieurs années. Je n’hésite pas parce que j’en connais les risques, ils sont trop grands et ne veux pas y retourner.

- Toujours un physique diminué, des forces, et des choses que je ne peux plus faire. Cela a été dure à accepter, mais j’ai été obligé de faire avec. Aujourd’hui je crois avoir accepté la nouvelle situation..

Mon handicap est là, c’est physique et c’est psychique, mais la vie est possible et je m’y sens bien. Je suis même bien plus heureux qu’avant. Y a rien à voir. C’est clair.


[9] La société n’est pas libérale pour les êtres humains mais seulement pour la circulation des capitaux et la circulation des biens

[10] Une liberté perdue dans les dépendances, les compensations. Triste constatation que les êtres humains puissent quitter une servitude pour, j’allais dire choisir, pour tomber dans une autre. Dans les conduites addictives (dépression, drogues : 90.000 décès actuellement et 130.000 dans quelques années avec le tabac et le cannabis principalement, conduites à risques, culte de la personnalité, attachement aux apparences et à la réussite. Des situations de compensation d’un manque qui ne font que détruire plus ou moins la personne.

[11] en cas de problèmes particuliers, solliciter un avis médical

[12] C’est même bien autre chose, puisque parfois, on peut être heureux malgré de grandes souffrances. Cela arrive.